rhassan zaki //// Docteu
À Rabat, les célébrations du 250ème anniversaire de l’amitié entre les USA et le Maroc ont pris une forme qui dépasse largement celle du simple événement de commémoration. Lumières, drones, projections sur les façades, mise en scène d’un site historique transformé en écran vivant etc …
Tout semble relever d’un nouveau langage où la ville elle même, devient un support pour le discours politiqu
Ce qui s’est exprimé lors de la 250 eme célébration, n’est pas passé seulement par les mots des politiques .
Apparemment, les États ne parlent plus seulement par des discours diplomatiques ou des communiqués officiels. Ils parlent aussi à travers leurs espaces et leurs architectures ainsi que leurs dispositifs lumineux.
Une dimension du langage politique où l’architecture cesse d’être un décor inerte. Elle est désormais un instrument de communication
Les gratte-ciels et les ponts et les monuments et les places publiques, ne sont plus uniquement des objets urbains. Ils sont mobilisés comme des surfaces ou interfaces d’énonciation. Ils produisent des récits, organisent des perceptions et structurent des émotions collectives. Ce phénomène est désormais visible à l’échelle mondiale
Le Burj Khalifa s’illumine régulièrement aux couleurs de pays partenaires ou d’événements internationaux, transformant la plus haute tour du monde en véritable écran diplomatique. À New York, l’Empire State Building adapte ses illuminations au rythme des causes mondiales, des commémorations et des messages de solidarité internationale
Mais le plus remarquable est peut-être la manière dont les villes semblent désormais se répondre et communiquer entre elles. Après les attentats de Paris en 2015, des monuments de New York, Toronto, Berlin, Londres se sont illuminés aux couleurs du drapeau français. Quelques mois plus tard, la Tour Eiffel affichait à son tour les couleurs de la Belgique après les attentats de Bruxelles. Lors de l’invasion de l’Ukraine en 2022, des monuments et gratte ciel de Paris, Berlin, New York, Sydney ont simultanément affiché le bleu et jaune ukrainiens. Comme si les villes avaient développé leur propre langage et que leurs façades dialoguaient désormais entre elles, au delà des frontières
Ce glissement des profils et traits urbains ne peut être être anodin. Il marque plutôt une transformation du rapport entre espace et pouvoir.
En effet, la ville aujourd’hui ne peut se contenter d’être uniquement construite et d’exister. Elle se doit d’être mise en scène et de produire des images et du sens.
Cette transformation des villes en producteurs de discours politique avait été pressentie depuis les années 1960 par Marshall McLuhan, lorsqu’il avait affirmé que « le médium est le message »
Autrement dit, ce n’est plus ce qui est dit par les médias et les politiques qui compte, mais le support lui même qui structure la perception et oriente le sens.
En appliquant McLuhan à la ville, cette intuition devient décisive. L’architecture et la lumière et la hauteur et l’écran urbain et même l’événement deviennent porteurs de signification politique.
Dans cette perspective, les fantasmagories urbaines ne sont pas de simples embellissements. Elles constituent une technologie du pouvoir. Elles organisent le regard et hiérarchisent les symboles et sélectionnent ce qui doit être vu et ce qui peut rester dans l’ombre. Elles transforment l’espace urbain en dispositif de narration.
À Rabat comme à Dubaï, Téhéran, New York, Paris ou Berlin, ce que l’on donne à voir n’est jamais totalement neutre. Une façade habillée ou illuminée ou un ciel animé par des drones ou bien une tour transformée en signal lumineux ne sont pas seulement des gestes esthétiques. Ce sont des actes de communication politique.
Ils disent quelque chose du monde que l’on veut projeter. Ils disent quelque chose des alliances que l’on veut afficher. Ils disent quelque chose des récits que l’on cherche à inscrire durablement dans l’imaginaire collectif.
Comprendre la politique contemporaine suppose alors un déplacement du regard vers les villes contemporaines. Il ne suffit plus de lire ou analyser les discours. Il faut apprendre à lire les villes. À décrypter leurs lumières. À interpréter leurs façades.
Aujourd’hui, le pouvoir ne se contente plus de parler. Il s’expose en même temps qu’il se cache de plus en plus derrière les profils urbains et se raconte dans la lumière même des villes.
Dans un monde traversé par des conflits persistants, des rivalités stratégiques croissantes et une recomposition encore incertaine de l’ordre international, où les États-Unis peinent parfois à transformer leur supériorité en résultats politiques et géopolitiques décisifs, cette célébration des 250 ème, peut également se lire comme un acte de communication politique. À travers les lumières, les façades et la mise en scène urbaine, elle exprime non seulement la permanence d’une relation historique entre le Maroc et les États-Unis, mais aussi le renouvellement symbolique d’une alliance et d’un soutien marocain à Washington dans un contexte international particulièrement tendu. Les villes parlent souvent là où les communiqués diplomatiques ne suffisent plus.





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